« Sopi » perdu, « rupture » égarée : Et ensuite ?

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« Les prêtres ne sont pas ce qu’un vain peuple pense. C’est notre crédulité qui fait toute leur science.» Ces propos de Voltaire peuvent parfaitement s’appliquer à nos leaders politiques, qui ne cessent d’user et d’abuser de la crédulité de leur peuple pour parvenir à leurs fins. Qui l’eut cru ? Que le candidat Macky Sall, chantre infatigable de la rupture qui s’est battu avec hargne et détermination contre le régime de Wade pour l’avènement d’une gouvernance sobre et vertueuse, serait aujourd’hui victime des mêmes accusations que celles portées à l’endroit de son prédécesseur et maître.

La manipulation des institutions, la gestion clanique du pouvoir avec en prime l’implication de la famille, la prédation des ressources minières, halieutiques, l’impunité des proches coupables de prédation de deniers, ont fini de déterminer l’encours de la régression démocratique etc. Le Sénégal qui était cité comme modèle de démocratie en Afrique, perd aujourd’hui de sa superbe et est même dépassé par certains pays qui étaient en queue de peloton dans cette course à l’État de droit.

De sorte que le constat unanime qui est fait, est que le Sénégal stagne, et les véritables changements tardent à s’opérer. En 2000 comme en 2012, le rêve du vrai changement finit toujours par se muer en cauchemar. Pourtant, après son accession au pouvoir, le Président Sall avait dit qu’il était venu pour bâtir un État de droit et qu’il serait intransigeant sur cela, quitte à ne pas bénéficier d’un second mandat. Donc, qu’a-t-il bien pu se passer au point de le pousser aujourd’hui à renier ses convictions et à vouloir démanteler toute son opposition dans le seul but de se faire réélire ? Les délices du pouvoir sont-ils si grisants au point de rendre amnésique ?

CHANGER À quelques encablures de la présidentielle de 2019, c’est le branle bas de combat dans les états majors politiques ; et si du côté du pouvoir on cherche vaille que vaille à rempiler, l’opposition pour sa part, est autant déterminée à rafler la mise. Seulement il ne suffit plus de faire partir le locataire du Palais, mais de changer le système de sorte que le Président élu soit soumis à une obligation de rendre compte aux citoyens. Qu’il sache qu’il n’est qu’un simple mandat et que le peuple est son mandataire. Mais, force est de reconnaître que cela n’est pas aisé du fait du manque de vision et de cohésion de l’opposition, adepte de la politique du « ôtes toi de là que je m’y mette ! »

Pourtant, vu la montée des périls, l’heure devrait être à la recherche de solutions révolutionnaires pour faire du Sénégal un pays plus uni, moins inégalitaires et plus solidaires. Pour ce faire, il lui faut un homme désintéressé, d’une probité morale et dont le nom n’a jamais été mêlé à un quelconque scandale financier, capable de faire une lecture intelligente des évènements, afin de trouver les solutions idoines, réconcilier son peuple avec les politiques et rallumer la flamme de l’espoir dans les cœurs meurtris et désabusés.

Parce que les dirigeants en qui ce beau peuple pacifique, patient et parfois… trop tolérant a eu à placer sa confiance, n’ont eu de cesse d’user et d’abuser de sa crédulité. Dans ce monde devenu de compétition, il faut désormais des dirigeants visionnaires, capables d’exploiter à bon escient les talents en friche dont le pays regorge en les réunissant autour d’un idéal.

Comme le soutient Maurice Druon dans son ouvrage Les Rois Maudits, en substance, «rien ne s’accomplit de grand dans l’ordre politique et rien ne dure sans la présence d’hommes dont le génie, le caractère, la volonté inspirent, rassemblent et dirigent les énergies d’un peuple. Tout se défait dès lors que des personnages insuffisants se succèdent au sommet de l’État, l’unité se dissout et la grandeur s’effondre».