SEYNABOU NDIAYE : « Aucun de mes enfants n’est déclaré, La maltraitance physique n’est pas…

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Brenda Phiri is a sex worker in Chirundu, a transit point on the border of Zambia and Zimbabwe on the trucking route from South Africa through to East Africa. It is a key HIV/AIDS transmission hotspot and it is notorious for its congestion as hundreds of trucks try to pass through the border every day. “I started doing sex work when I was 13. I go to the truck corridor to find men. We can come home, or we can have sex in the truck. I don’t enjoy it, but I have to pretend. If I don’t find a man, I will go and knock on the trucks – because I need money for food. I don’t like using condoms because it means they give me less money. I become pregnant sometimes but I just abort so that I can continue working. It’s illegal in Zambia but I do it secretly. I have had gonorrhea and candida and I know the risk of HIV. But even if I get scared, it won’t help me find food.”

Elle a 37 ans mais en paraît 50. Elle marche la tête baissée un foulard sur la tête et à son boubou, on devine un corps en lambeaux, que les maternités n’ont pas épargné. Seynabou Ndiaye est native de Yoff, elle y a grandi, s’y est mariée et a quitté ce village pour enfin retrouver un semblant de paix. Entretien avec un femme brisée que des années de maltraitance psychologique et physique ont rendue aphone.

Jaly Badiane : Merci d’avoir accepté de me parler, je comprends que c’est toujours difficile d’aborder ce genre de sujets. Pouvez-vous vous présenter et nous en dire un peu plus sur votre personne, votre famille ?

Seynabou Ndiaye : Mon nom est Seynabou mais on m’appelle Sey Ndiaye. Sur mon ancienne carte d’identité, vous pourrez savoir ma date de naissance. Je suis toujours mariée car le père de mes enfants refuse de me libérer ; j’ai 4 enfants : 3 filles et un garçon qui est mon dernier. Mon aînée a 16 ans, Absa et Khar ont respectivement 7 et 5 ans et mon benjamin est âgé juste de 2 ans.

JB : Racontez-nous votre histoire ?

SN : Je voudrais remercier tout d’abord Marie (c’est la personne qui nous a mis en rapport) parce que c’était ma voisine, témoin de mes malheurs et elle m’a toujours aidée selon ses moyens. Je ne la remercierais jamais assez pour tout ce qu’elle fait pour moi et ma progéniture.

Je me suis mariée à 20 ans environ (21 ans si on s’en réfère à sa CIN). Mon père m’a donné comme épouse au fils de l’un de ses vieux amis. J’ai célébré mon mariage avec faste car le père de mes enfants est un pêcheur qui avait sa propre pirogue et à l’époque, il gagnait très bien sa vie. J’ai arrêté mes études très tôt, je ne suis même pas arrivé au CM1 donc je me suis attelée à gérer mon foyer surtout que je vivais chez ma belle-famille.

Tous mes problèmes ont commencé après la naissance de ma fille aînée, Ramatoulaye. J’ai eu une grossesse difficile et l’accouchement a eu des complications et comme il est de coutume, j’ai demandé à aller auprès de ma mère pour me refaire une santé. Je ne suis retournée au domicile de mon mari que lorsque mon bébé a eu 4 mois et là, tout avait changé. Je ne reconnaissais plus mon mari qui critiquait tout ce que je faisais et en complicité avec mes belles-sœurs, il ne manquait aucune occasion de me rabaisser. J’étais devenu leur souffre-douleur et aussi la bonne à tout faire. Entre la naissance de mon ainée et celle de Absa, j’ai fait 4 fausses couches car je vivais mal, il m’arrivait de me coucher le ventre vide. Et pendant des années, je vivais à un rythme infernal où je me réveillais à 5h du matin pour ne me coucher qu’à minuit passé, car il fallait faire le ménage, la cuisine, le linge, le marché, tous les travaux. Et pour une maison d’une vingtaine de personnes, ça ne finissait jamais. Pause…

Les bastonnades ont commencé à presque 9 mois de grossesse de ma deuxième fille. Encore une grossesse compliquée et ce jour-là, le père de mes enfants a levé sa main sur moi car je n’avais pas cuisiné : j’en étais incapable vu mon état. C’était tellement violent que j’ai été opéré deux jours après et Absa était née. Ce fût le début de l’enfer car la violence de mon mari a redoublé, car j’avais encore eu une fille. Oui, lui et sa famille me reprochaient de n’avoir pas fait de garçon. A partir de cet instant, je n’ai plus eu la paix, même la plus infime. C’est difficile à croire mais je suis restée des années sans avoir les moyens d’acheter du Freedom (serviettes hygiéniques) et même Rama a débuté sa vie de femme, avec des morceaux de tissus que je pliais pour en faire un tampon.

Puis ma 3e fille est née, celle-là, c’est en faisant le ménage pour une dame que j’ai pu la baptiser car son père ne voulait même pas en entendre parler. Bachir est né au moment où je m’y attendais le moins et je peux dire que c’est grâce à lui, si j’en suis là maintenant.

JB : Pendant tout ce temps, où étiez vos parents ? Votre famille ? Pourquoi vous n’êtes pas partie plus tôt ?

SN : Partir pour aller où ? Mes parents ont toujours été au courant de tout ce que je vivais mais à chaque fois que je venais chercher leur aide, ma mère me disait de repartir car le mariage n’est jamais facile « démal nga mougne* » me disait-elle. Et mon père ne voulait pas voir sa relation amicale entachée, donc il arrivait toujours à me persuader que sans le mariageç je ne suis rien et que de toutes les façons, il n’avait pas les moyens de me reprendre chez lui avec mes enfants. Je n’ai qu’un seul frère et vraiment il a tout fait pour me venir en aide, mais il a une femme et des enfants et pas de grands moyens ; idem pour mes 5 sœurs.

Je ne suis pas partie plus tôt car je n’avais nulle part où aller et aussi, j’étais convaincue qu’avec le temps, tout cela allait changer. « kou mougne, mougne** » comme on dit en wolof.

JB : Au final, vous avez quitté le domicile conjugal : comment cela s’est passé ?

SN : Quand mon dernier est né, j’ai cru à la délivrance car enfin, c’était un garçon mais mon répit a été de courte durée. 6 mois après la naissance de Bachir, son père a perdu sa pirogue car victime d’un chavirement en mer. Il rejetait la faute sur moi et mes enfants et sa famille me traitait d’oiseau de mauvais augure, de sorcière même à la limite, qui n’a apporté que du malheur dans leur famille. J’ai décidé de partir quand il a levé la main sur Ramatoulaye. Je pouvais accepter de subir tout cela mais toucher à mes enfants, cela je ne le supporte pas, il en était hors de question. Je crois que c’est l’instinct maternel qui m’a donné la force de dire, « ça suffit » à tout cela.

JB : Et depuis lors, ça été dur je suppose et ça l’est toujours ?

SN : C’est dur oui, mais je vis pour mes enfants. J’ai quitté la maison il y a quatre mois. Avec l’aide de mon frère, j’ai pris une chambre en location à Guédiawaye. Nous y vivons à cinq mais Alhamdoulilah. Le soir je vais au marché au poisson de Patte d’oie où je suis écailleuse et Rama travaille comme bonne ; avec ce que nous gagnons, nous arrivons à payer la location et à assurer les repas. C’est dur mais j’ai foi en Allah et pour rien au monde, je n’arrêterais de me battre afin d’offrir une vie décente à mes enfants. D’ailleurs, ces derniers ne sont pas déclarés ; ils ne sont pas inscrits sur les registres d’état-civil. C’est leur père qui aurait dû le faire, mais rien. Là, je cours derrière lui pour qu’il m’accorde le divorce sans succès et aussi pour qu’avec sa pièce d’identité, je puisse trouver des papiers à mes enfants. J’avoue que c’est difficile mais yalla bakhna***…