Sénégal : Annus horribilis pour Khalifa Sall, le maire de Dakar

Élu député le 30 juillet, le maire de Dakar demeure incarcéré malgré l’immunité qu’il revendique. Et le scénario de sa candidature à la présidentielle de 2019 paraît plus incertain que jamais.

Le 14 septembre, la rentrée parlementaire s’est faite sans lui. Bien qu’élu député un mois et demi plus tôt, le numéro un de la liste de la coalition Manko Taxawu Senegaal, Khalifa Sall, 61 ans, dort toujours à la prison de Rebeuss, où il est en détention préventive depuis sept mois. En août, invoquant son immunité parlementaire fraîchement acquise, ses avocats avaient déposé une requête visant à obtenir de la justice sa libération d’office. Sans succès. À la veille de la séance inaugurale de la nouvelle Assemblée nationale, ils se sont tournés vers son président pour lui demander de faire respecter par ses pairs « la volonté du peuple souverain ». En vain.

Incarcéré depuis le 7 mars, inculpé pour détournement de deniers publics et faux et usage de faux dans le cadre de la gestion d’une régie d’avance servant de longue date (sans justificatif comptable) à diverses dépenses urgentes, le maire socialiste de la capitale – qui considère avoir simplement fait usage de « fonds politiques », autrement dit d’une caisse noire tolérée par l’État – se trouve dans l’impossibilité de siéger dans l’hémicycle. Malgré la mobilisation de ses proches et sympathisants, en dépit des divers recours introduits par ses avocats, « l’affaire Khalifa Sall » est pour l’heure enlisée. Elle n’a encore abouti ni à un non-lieu ni à un procès.

C’est depuis sa cellule de Rebeuss qu’il assume, tant bien que mal, ses fonctions de maire

Selon ses avocats, le maire de Dakar « a toujours contesté le bien-fondé des poursuites et considéré qu’elles sont motivées par une volonté de l’écarter du jeu politique ». Une interprétation rejetée par les autorités, qui opposent l’indépendance totale la justice sénégalaise vis‑à-vis de cette affaire. Pourtant, dans le camp de Khalifa Sall, on fait remarquer que le rapport de l’Inspection générale d’État (IGE) à l’origine des poursuites avait été transmis au procureur avec une célérité inhabituelle par la présidence de la République, autorité de tutelle de l’IGE.

Lourde addition

Enfant chéri des édiles des grandes métropoles africaines, adulé de Paris à Montréal par ses pairs de l’Association internationale des maires francophones, dont il est le secrétaire général, après plus de quatre décennies de vie politique, Khalifa Sall se trouve en fâcheuse posture. C’est depuis sa cellule de Rebeuss qu’il assume, tant bien que mal, ses fonctions de maire.

Son mandat de député semble en revanche sérieusement compromis. Quant à un éventuel destin présidentiel, dont lui-même n’a jamais confirmé explicitement l’ambition, il paraît à ce jour hors d’atteinte.

En refusant, in extremis, de former une liste commune aux législatives de juillet avec la Coalition gagnante Wattu Senegaal, emmenée par l’ancien président Abdoulaye Wade, Khalifa Sall a pris le risque de voir l’opposition aller aux urnes en ordre dispersé.

Mal lui en a pris. Bien qu’allié au Grand Parti de Malick Gackou et au Rewmi d’Idrissa Seck au sein de Taxawu Senegaal, le frondeur socialiste – dont le parti demeure l’allié de Macky Sall – s’est classé en troisième position avec un score de 11,7 % et 7 sièges.

Loin, très loin de la coalition gouvernementale, Benno Bokk Yakaar (BBY), qui rafle le jackpot avec 49,5 % et 125 élus, et deux bonnes longueurs derrière l’autre coalition d’opposition, Wattu Senegaal, constituée autour du chef historique du Parti démocratique sénégalais (PDS), Abdoulaye Wade, qui est parvenue à récolter 19 sièges.

Pis, le maire de Dakar s’est laissé devancer de quelques milliers de voix dans son bastion dakarois par BBY. Lourde addition pour celui qu’on donnait, il y a peu, imbattable dans sa capitale.

À seize mois d’une présidentielle que Macky Sall, conforté par cette récente victoire, entend bien remporter haut la main, le scénario d’une candidature de Khalifa Sall ne paraît plus qu’un lointain souvenir. En mal de soutiens, privé de liberté et sous le coup d’une possible condamnation, le maire de Dakar aura manifestement besoin d’un coup de pouce du destin pour revenir à temps sur le devant de la scène.