PCCI, un négrier des temps modernes

Dans un pays où le taux de chômage est estimé à 16,6%, toutes les opportunités sont bonnes à saisir pour avoir du travail. Ceux qui ont la chance d’être recrutés par une entreprise sont souvent victimes d’exploitation. C’est le cas au PCCI (Premium contact center international ) où certains employés courent derrière 3 mois d’arriérés de salaires sans compter les conditions difficiles de travail. Pendant que les pères et mères de famille de la Maison mère triment, la Direction du PCCI est en train de se déployer dans d’autres pays comme Dubaï. Un paradoxe qui a poussé le site Dakar7 à s’intéresser à cette boîte. Dans ce dossier, nous avons recueilli des témoignages d’employés et d’ex-employés du PCCI, les uns plus poignants que les autres.
(*) Des noms d’emprunt.
Situé derrière la station Elton de Mermoz, le centre d’appel PCCI se distingue par l’immensité de sa bâtisse. Pionner dans le télémarketing, le PCCI compte aujourd’hui plus de 1700 employés dont la plupart sont des conseillers commerciaux(CC). Ces derniers sont rémunérés en fonction du nombre d’heures effectuées. Malheureusement, depuis quelques années, la Direction du PCCI peine à honorer ses engagements vis-à-vis de ses employés. Les retards de salaires sont récurrents, les conditions de travail pénibles. Une situation exacerbée par un manque de communication criard.
«Il faut supporter les humeurs des clients»
Trouvé devant la porte du PCCI, Fallou(nom d’emprunt ), conseiller commercial(CC), vient de terminer sa vacation. Bien que fatigué, il a eu quand même le temps de nous raconter son quotidien dans cette entreprise. «Je me lève à 6 heures du matin chaque jour hormis mes jours de off, pour venir, ici, à Mermoz. Je n’ai pas de week-end ni de jours fériés», nous a fait-il savoir sur un ton désespéré. «Arrivé sur place, je me dirige promptement dans mon box avec beaucoup de stress. Car, il faut supporter les humeurs des clients, gérer la qualité et la performance pour réussir les entretiens.Une routine qui est vraiment insupportable», confie notre interlocuteur.
«Mon bailleur menace de me chasser de sa maison sî»
Un avis partagé par sa collègue, Fily *. N’ayant pas vu la couleur de son argent depuis plusieurs mois, elle fulmine: «Vraiment Madame les conditions de travail ici sont difficiles avec des salaires minables qu’eux-mêmes(les propriétaires du PCCI) ont du mal à payer à temps. Des retards de salaires de 2 à 3 mois sont devenus récurrents maintenant. Mon bailleur menace de me chasser de sa maison si je ne paye pas les 2 mois d’arriérés de location».
Fily est d’autant plus dépitée qu’elle n’a aucune possibilité de protester. Car au PCCI, on la boucle ou on dégage. «Il n y a pas de syndicat. On n’envisage même pas d’aller en grève pour dénoncer certaines barbaries ou même ce mauvais système d’exploitation. Une de mes amis a été licenciée suite à une altercation avec l’administration sur ces genres de cas.», raconte-t-elle, la mort dans l’âme.
Contrairement à Fallou et Fily, Monoumbé*, lui, a préféré claquer la porte du PCCI en leur adressant une lettre poignante dont Dakar7 détient copie.
«Les employés sont menacés et traités comme des esclaves».
Dans sa missive intitulée: «Redressement Judiciaire ou Liquidation des Biens», Manoumbé dénonce «la législation du travail (qui) n’est pas respectée à PCCI, les employés (qui) sont menacés et traités comme des esclaves». Pire, «le droit à l’expression directe et collective sur le contenu et les conditions d’exercice, d’organisation tel que stipulé dans l’article L 5 est ouvertement violé par toute la direction.»

A titre d’exemple, Manoumbé révèle que «depuis très longtemps, les salariés de PCCI souffrent le martyre, ils restent impayés pendant plus de deux mois. Ils ont perdu toutes leurs libertés et dignités face à des dirigeants sans scrupule» et qui «occultent inhumainement la situation de ces derniers (emprunts, impôts, assurance, frais).»
Malheureusement, se désole-t-il, «personne n’ose broncher sinon c’est le licenciement direct sans motif légitime.»
Pour mieux étayer ses propos, Manoumbé convoque l’article L 3242-1 du Code du Travail qui précise que ce paiement doit être effectué une fois par mois et doit être fait à date échue Réf Article L 115 LOI N° 97-17 du 1er décembre 1997 portant Code du Travail.
« Bon exploiteur »,
Donc, «tout retard de paiement de salaire ou le non-paiement de celui-ci est considéré comme une faute lourde de l’employeur quelques soient les circonstances». Relevant des contractions dans le management, Manoumbé a interpellé la Direction du PCCI qu’il qualifie de « bon exploiteur », sur plusieurs questions: «Comment pouvez-vous consciencieusement vous ouvrir à d’autres horizons y créant de l’emploi alors que vous ne pouvez pas honorer vos engagements ici ? Etes-vous au courant que vos employés sont en préavis pour avoir cumulé plusieurs arriérés de loyer? Etes-vous au courant qu’ils empruntent tous les jours de l’argent pour venir travailler ? Où sont passés les fonds versés par la Sonatel, Tigo, Canal entre autres ?»
L’Etat interpellé
Face au mutisme de son employeur, Manoumbé interpelle les autorités sénégalaises. «Le droit doit trancher soit pour le redressement judiciaire soit pour la liquidation des biens. L’Etat, le premier garant de la loi ; doit montrer toutes sa rigueur devant une entreprise qui est aux antipodes du respect de la loi et de la dignité humaine.» Avant d’ajouter: «La création d’emploi, de beaucoup d’emploi ne doit pas être un moyen pour exploiter d’honnêtes citoyens bien formés qui ne demandent qu’à se battre pour améliorer leur quotidien. Au même moment, un groupe de gens se sucre sur leurs dos sous le prétexte fallacieux que l’entreprise est en difficulté»
Les dommages collatéraux

Au-delà des retards de salaires cumulés, les travailleurs du PCCI sont confrontés à des problèmes d’ordre psychologique et physique du fait de la pression qu’ils subissent pour atteindre les objectifs qui leur sont assignés.
L’environnement du travail au PCCI rend le stress plus accru. Car, les plateaux sont des espaces où les personnes sont souvent proches les unes des autres générant du bruit. De plus, les CC souffrent d’être assis toute la journée, sans oublier les inconvénients du travail sur l’écran.
Autant de choses qui peuvent impacter sur la santé des employés comme l’explique, Dr Ndiaye,médecin généraliste. «A la longue, ces salariés peuvent être victimes de stress chronique, de troubles musculo-squelettiques des membres supérieurs avec des maux de dos et des cervicales et des problèmes de concentration.»
Ce n’est pas tout. «Ils peuvent aussi faire face à une fatigue physique, à un épuisement qui s’exprime comme une sorte de saturation psychologique», ajoute le médecin.

L’omerta de la Direction
Pour l’équilibre de l’information, Dakar7 a tenté de joindre la Direction du PCCI, en vain. La standardiste sur qui nous sommes tombés, le mardi 18 avril 2017, nous a demandé de rappeler car, dit-elle,« le chargé de la communication est introuvable». Quelques heures plus tard, Dakar7 a rappelé, mais, cette fois-ci, nous sommes tombés sur la vigile qui nous dit que les responsables sont descendus.
Fana Cissé(Stagiaire)

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