«Mélange des genres, bilan mitigé…» : Quand Mamadou O. Ndiaye, Demba Ndiaye et Momar Seyni Ndiaye décryptent Macky

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Ils sont tous des journalistes avertis. Des chroniqueurs, des politologues. Ils jugent Macky Sall. Mamadou Oumar Ndiaye parle de «Mélange des genres entre le parti et l’Etat», Demba Ndiaye du «transférement de la permanence de l’apr au palais» et Momar Seyni Ndiaye dresse un bilan «mitigé» de Macky Sall au pouvoir.
…«Mélange des genres entre le parti et l’Etat»

Pour le journaliste, Mamadou Oumar Ndiaye), «depuis quelque deux semaines, le président de la République reçoit à tout-va des membres de sa majorité politique, notamment de l’Alliance Pour la République (APR), le parti dont il est aussi le président. Fédérations ou tendances de l’APR, mouvements internes ou affiliés, coalition Benno Bokk Yaakar (BBY), sous-coalitions alliées…
Le défilé des souteneurs de M. Macky Sall est permanent… au palais de la République transformé pour l’occasion en permanence de l’Alliance Pour la République. Oui, vous avez bien lu. Les Sénégalais, éberlués, voient le siège du pouvoir étatique, la présidence de la République, lieu le plus sacré et le plus emblématique de notre pays car abritant la première institution du Sénégal, elle-même élue au suffrage universel direct pour présider aux destinées de notre Nation, être transformée en vulgaire permanence d’un parti politique. Autrement dit, en foire d’empoigne avec altercations entre divers leaders de l’APR par thuriféraires et sous-fifres interposés. Une foire d’empoigne dont un avant-goût amer avait été donné il y a quelques mois lorsque des étudiants de l’Alliance Pour la République avaient tenté d’escalader les portes du palais présidentiel pour assister à une audience que devait accorder le maître de céans à leur mouvement» !
A l’en croire «des sauvageons qui s’en étaient pris ce jour-là aux gendarmes chargés d’assurer la sécurité du palais. Arrêtés puis jugés, quelques-uns parmi eux s’en étaient tirés avec… 15 jours de prison ferme. On avait cru que, suite à ces actes gravissimes, le président de la République en tirerait les leçons, rendrait à ce lieu sa solennité ainsi que sa majesté et transférerait désormais les réunions de son parti dans un autre endroit mais force est de déchanter. En fait, si, proximité de l’élection présidentielle aidant, les réunions de l’APR et autres partis alliés se sont accélérées ces derniers jours au Palais de l’avenue Léopold Sédar Senghor, c’est depuis son accession au pouvoir que le président de la République a choisi de convoquer le secrétariat exécutif national et le comité directeur de l’Apr au Palais ! Comme si ce lieu le plus sacré et emblématique de notre pays était le siège ou la permanence du parti « beige-marron » et ayant le cheval pour emblème ! Or l’Alliance Pour la République, comme tous les autres partis politiques du reste, est une association de droit privé».
Par conséquent, dit-il «en en toute logique, elle ne devrait pas avoir son siège ou tenir les réunions de ses instances au palais de la République. Ce quand bien même l’occupant de ce lieu symbolique en serait le président-fondateur. Or, il se trouve que M. Macky Sall est à la fois le président de la République et celui de l’APR. D’où le mélange des genres préjudiciables à la sacralité des symboles de la République… D’arbitre au-dessus de la mêlée qu’il devrait être, il se comporte en chef d’un camp qui peut tout se permettre, dirigeant les assauts de celui-ci contre un autre auquel rien n’est pardonné».
… «Le palais présidentiel transforlé en permanence de l‘Apr»
Selon le journaliste, Demba Ndiaye : «ce qui se passe ces jours-ci avenue Léopold Sédar Senghor est d’autant plus gravissime que, devenu une démocratie relativement majeure, le Sénégal a dépassé depuis les années 90, au moment où la dictature du parti unique prévalait encore dans bien des parties du continent, le stade où le parti au pouvoir se réunissait à la présidence de la République. Du temps du président Senghor, déjà, le bureau politique de l’Union progressiste sénégalaise (UPS) puis du Ps se réunissait à l’Assemblée nationale. Lorsque l’opposition d’alors protesta contre le fait de tenir des réunions du parti au pouvoir place Soweto le président Abdou Diouf fit migrer le BP du Ps à la Maison du parti, à Colobane. Curieusement, c’est le président Abdoulaye Wade, qui avait protesté contre l’utilisation des sièges des institutions de la République par le PS, qui avait ramené les réunions de son parti, le Pds, au palais».
Il poursuit : «élu pour mettre fin à la désacralisation des institutions et des symboles de la République par Wade, ainsi que pour redresser l’Etat qui s’était singulièrement affaissé sous le magistère de ce dernier, voilà que le président Macky Sall est en train de faire pire ! En transférant notamment, et en toute illégalité, la permanence de l’APR de la VDN à l’avenue Léopold Sédar Senghor ! Et pourtant, ce ne sont pas les salles privées pouvant abriter les réunions des instances de l’APR et de Benno Bokk Yaakar qui manquent à Dakar. On pourrait aussi ajouter que l’APR et le gouvernement ont le même porte-parole. Ce qui, même du temps du président Senghor, ne se faisait pas».
Seulement voilà, a-t-il termoné «soucieux de montrer que le Roi, c’est lui, qui nomme ou promeut qui il veut, limoge qui il veut, enrichit qui il veut, emprisonne qui il veut, libère qui il veut, Macky Sall, bien que sachant que c’est illégal, tient donc ses réunions politiques dans l’enceinte du palais où le peuple souverain loge celui qui préside à ses destinées. Parce qu’il est le Roi, Macky Sall fait ce qu’il veut, désacralise les symboles de la République. C’est ainsi parce que telle est la volonté et le bon plaisir de Sa Majesté… Le peuple n’est pas content ? Eh bien, il n’a qu’à changer de pays» !
…«Bilan mitigé»
Journaliste et non moins politologue, Momar Seyni Ndiaye parle d’un bilan «mitigé» après 6 ans de règne du président Macky Sall à la tête du pays. «Ce, malgré les mesures sociales prises qui ont impacté positivement la vie des Sénégalais. «Le président de la République a posé un certain nombre d’actes sur le plan économique et social qui ne peuvent pas laisser indifférents. Tous ses actes s’inscrivent dans le cadre du Plan Sénégal Emergent (PSE) qui est, quoi qu’on puisse dire, le référentiel de politique public au Sénégal, le plus élaboré depuis l’indépendance », a déclaré le politologue Momar Seyni Ndiaye.
Sur Zik Fm, il ajoute : «il y a une vision sur tous les secteurs et sur l’ensemble du territoire national, sur ce que le Président veut faire pour créer ce qu’on appelle les transformations structurelles, ce que le journaliste appelle « un bilan immatériel».
Momar Seyni Ndiaye dit trouver des failles dans le dispositif et dans le bilan du président Macky Sall. Pour lui, il y a beaucoup de difficultés à mettre ce PSE sur le plan pratique.
«C’est ce qu’on voit dans le volet social où par exemple, on a vu toutes les difficultés de la Couverture Maladie Universelle (Cmu). Ce projet phare du Président est mis en mal aujourd’hui par l’endettement compulsif que la Cmu a provoqué dans les centres de santé, les postes de santé, les mutuelles de santé. On aurait pu en dire autant sur un certain nombre de secteurs notamment au niveau des infrastructures et du Train express régional (Ter) », a-t-il conclu».
C’es ainsi que ces trois journalistes ont décrypté l’actuel chef de l’Etat du Sénégal dont ils jugent le bilan mitigé.