La série “”Idoles” : IBOU GUEYE …”Notre but n’est point de taper sur la presse, mais…”

La série “”Idoles” en est à sa 3e saison. Dans cet entretien avec “EnQuête”, son producteur, Ibou Guèye, tire le bilan des deux premières saisons et dissèque la troisième qui s’inscrit, à son avis, dans la continuité avec une bonne amélioration de ce qui n’a pas marché.

Saison 3 déjà ! Comment est né le projet de la série “Idoles” ?

C’est un projet qui a été mûri. Il est venu d’un constat. C’est-à-dire, quand vous suivez la presse, vous avez, à la limite, la photographie des faits-divers, la politique, l’économie, la société avec ses bons et mauvais côtés. A travers ce constat, on remarque certaines choses qui n’étaient pas courantes car, quand on est jeune, il y a des choses qu’on entend ou qu’on voit qui mettent réellement en exergue la perte des valeurs de tout le cercle de la société sénégalaise. Chaque peuple a besoin de références. Au Sénégal, il serait peut-être bien de mettre son doigt là où ça fait mal, pour que chacun de nous commence à se poser certaines questions par rapport à certaines pratiques.

Donc, le but premier de “”Idoles”, c’est de faire un rappel, une leçon et un état des lieux de la situation de la société sénégalaise actuelle. La télévision constitue un média très puissant et contribue à l’éducation de nos enfants. Actuellement, c’est l’un des moyens les plus efficaces pour un changement de comportement ou pour informer. C’est la raison pour laquelle on a choisi de faire ce téléfilm.

Est-ce que les Sénégalais se sont approprié les deux premières saisons ?

Les Sénégalais commencent à connaitre “”Idoles”. Au début, il y a avait une minorité qui regardaient, mais maintenant ils la suivent de plus en plus. Il y a beaucoup de personnes qui prennent le train en marche et très souvent le retour n’est pas mal. Les gens nous disent de très bonnes choses sur la tournure de la série.

En quoi la saison 3 est différente des deux précédentes ?

Elle ne sera peut être pas différente. On va essayer d’améliorer, de garder le fil conducteur et l’idée directrice. Aussi essayer de voir dans les deux saisons ce qui n’était pas bon, l’améliorer dans la 3e saison et éventuellement augmenter les histoires pour multiplier le suspense. Essayer de faire que cette saison soit meilleure. C’est un gros challenge, un gros travail, mais on a décidé de se battre pour atteindre l’idéal.

Qu’est-ce qui n’a pas marché dans les deux premières saisons ?

Tout travail est perfectible. C’est juste que, si on fait l’analyse, il y a des choses qui auraient pu être faites de meilleure manière. Et tout cela dépend de la programmation et de la disponibilité de certains acteurs. Certains d’entre eux sont tombés malades entre la saison 1 et la saison 2. C’est comme notre personnage, l’enfant noir, qui était d’ailleurs très important dans la série avec le rôle du photographe. Il discutait toujours avec XamXam (le fou dans la foule). A un moment, il est tombé malade, c’est pourquoi on ne le voyait plus dans la série. Donc on n’a pas pu continuer avec lui. C’est tout ce qu’on prétendait qu’on espère reprendre dans la saison 3. Le principal souci qu’on espère résoudre, c’est le problème des moyens parce que c’est une production très lourde. Au début, je pensais qu’on allait le faire en un seul mois, mais cela nous a pris six mois. On a eu un problème de sponsors, de finances. C’est un projet qu’on a presque développé sur fonds propres. Le peu d’argent qui nous vient de l’extérieur nous vient du sponsor. Malheureusement, cela ne couvre pas tout.

Donc là, les moyens ne font plus défaut ?

On est toujours en train de chercher. On frappe à toutes les portes. Je profite de votre tribune pour appeler tous ceux qui veulent soutenir la série “Idoles”. Parce que notre but n’est point de taper sur la presse, ni sur les autorités. Notre but, c’est d’attirer l’attention du Sénégalais sur ce qui ne va pas et ce qu’il y a à améliorer pour que notre pays avance. C’est une modeste contribution de la société Even Pro pour le Sénégal.

Pour votre cérémonie de lancement, qu’est-ce qui explique le choix du Grand Théâtre, contrairement aux deux premières ?

Pour la première saison, on avait fait une cérémonie de lancement, mais ce n’était pas comme la saison 3. On avait juste fait un lancement sur invitation dans un hôtel de la place où on avait invité la presse. Les membres du Comité d’observation des règles d’éthique et de déontologie (CORED), car ce qu’on voulait c’est que les acteurs de la presse n’aient pas une mauvaise idée sur la série, et installer une atmosphère plausible entre “Idoles” et les journalistes.

Mais, cette fois, on a décidé de faire ce lancement pour montrer aux sponsors et ceux qui n’ont pas eu la chance de connaitre “Idoles” et attirer leur attention. Et on a eu à avoir une cérémonie qui, à mon avis, n’était pas mal.

Depuis que vous avez commencé à diffuser la série, il n’y a jamais eu un patron de presse ou même un journaliste qui a tiré sur vous’

Non, je n’ai pas encore vu d’article sur nous et je ne le pense pas non plus. Mais, avec la saison 3, ils vont peut-être s’énerver, parce que dans cette saison, il serait question des patrons de presse sur une grande partie. Leurs relations avec le pouvoir? Mais encore une fois, ce n’est ni faire le procès ni vous faire un jugement. C’est une fiction, il faut que les patrons de presse et les journalistes le comprennent ainsi. On essaie juste de coller à la réalité le maximum possible, mais ça reste une fiction.

Vous vous êtes préparé en cas de représailles de la presse ?

On n’a pas à se préparer. Chaque personne a le droit de critiquer ou de nous passer dessus si on fait quelque chose d’anormal. Un ami m’a dit au tout début qu’on avait intérêt à rester clean, parce que les patrons de presse ne vont pas nous rater. Je n’ai rien fait de mal, on fait juste un film et on attire l’attention des Sénégalais sur un fait. Je pense que la presse devrait être contente pour moi, et chaque journaliste devrait écrire sur “”Idoles”. Parce qu’on souligne tout ce qui se passe dans les rédactions et les gens ne voient que les mauvais côtés. On parle des invendus, de la presse qui ne coûte plus rien, entre autres problèmes. Je pense que c’est une tribune et si les journalistes ont des conseils, on est open. Tout ce qu’on cherche, c’est d’être le plus proche possible de l’Etat, de la presse. On est ni avec le pouvoir, ni avec la presse, ni contre la presse.

La scénariste des saisons 1 et 2, feu Aminata Sophie Dièye, elle au moins connaissait le monde de la presse, après avoir fréquenté certaines rédactions. Là, vous lancez la saison 3 alors qu’elle n’est plus de ce monde. Est-ce que vous avez une autre source ?

On a travaillé avec Aminata Sophie Dièye au début du projet. Elle a fréquenté les rédactions et cela nous a permis d’en savoir plus sur les réalités du milieu, parce qu’elle s’y connaissait. Elle était réticente, mais après elle a dit qu’elle allait essayer d’aller dans le général. Actuellement, on travaille avec une scénariste très talentueuse, elle s’appelle NK Thiate. Elle écrit beaucoup et les écritures se font comme avec Aminata. C’est quelqu’un qui avait une culture facile et une écriture digeste. Aminata te raconte parfois une histoire banale, mais au finish elle est exceptionnelle. C’est ce qu’on a essayé de rechercher. C’est difficile de trouver une plume pareille, mais celle avec qui on travaille n’est pas mal et les Sénégalais vont la découvrir. D’ailleurs, elle a écrit une grande partie des deux dernières saisons.

Les deux premières saisons, Pascal Nampé était réalisateur et maintenant c’est vous. Pourquoi ce changement ?

Pascal Nampé Mala, si vous suivez son parcours, est un artiste complet qui est sur plusieurs tableaux. Je lui ai proposé de se consacrer sur ses projets qui sont très importants. Pascal et moi, nous nous sommes connus il y a très longtemps. Nous sommes des frères. Il a sacrifié ses projets personnels pour “”Idoles”. Je lui ai juste demandé de prendre une pause. Certainement, il va revenir pour la saison 4, si on réussit à terminer la 3, bien sûr.

Comment se sont passés les castings, car on voit de nouvelles têtes dans la série ?

À la base, la maison-mère de Even Prod, une agence de communication, avait l’habitude de faire des spots publicitaires. C’est là où on a vu quelqu’un comme Grand Laye, Malick, Reissa, entre autres, et toutes ces personnes ont eu à travailler sur de grands projets. Le casting a commencé il y a de cela 4 ou 5 ans. Le premier jour où j’ai travaillé avec Grand Laye, j’ai su qu’il aurait le rôle. Il y a eu aussi beaucoup de répétitions pour les acteurs qui ne sont pas des professionnels du cinéma ou de la comédie. Ils ont eu à bénéficier des répétitions coordonnées par Bass Diakhaté et le ministre Maal qui est El Hadj Ba, qui sont des comédiens confirmés. Ce travail a été fait au moment de la préparation de la saison 1. Cela a permis à certains d’entre eux de découvrir leur côté artistique. Mais des gens comme Grand Laye, je pense que c’est inné chez eux. Au début, c’était un peu difficile pour certains, mais maintenant c’est une famille, les acteurs sont très à l’aise dans le jeu. Les nouveaux acteurs ont été bien intégrés.

Peut-on s’attendre à d’autres saisons, après la troisième ?

Si ça marche, pourquoi pas ? (sourires). Des films comme “”Dallas” et “”Dynastie” ont eu combien de saisons ? Il faut juste trouver la bonne formule pour que ça marche. Du fait que nous parlons de la presse, il y aura toujours des choses à raconter.

Est-ce que revenir sur une troisième saison ne serait pas une redondance, car la fin de la deuxième saison avait déjà un sens ?

C’est pour cela qu’on essaie de trouver du sang neuf, on a ouvert d’autres brèches. Lors de la projection, vous l’avez sûrement remarqué. Pour la saison 3, il y aura beaucoup d’actions allant dans le sens de résoudre tous les problèmes soulignés dans les saisons précédentes et au début de cette nouvelle saison.

Depuis le début, il n’y a que la 2STV qui diffuse “Idoles”. Il est très fréquent, pour les films, de changer de diffuseur. Pourquoi ne pas avoir fait ce choix ?

Lors de la proposition du projet, la 2STV s’est montrée plus réceptive. Les autres l’étaient moins. Dès qu’on lui en avait parlé, Abdoul Ndiaye de la chaine m’a de suite proposé de signer le contrat et de commencer la diffusion. Les autres télévisions ont eu peur de “Idoles”, car elles croyaient qu’on venait pour “”clasher” leur système.

Comment se passe le marché des sponsors d”’Idoles” ?

Le problème réside là pour toutes les productions. Les publicités sont des marchés à gagner aussi bien par les producteurs que par le diffuseur. Puis chacun essaie d’en tirer ses pourcentages. Le Sénégalais n’est pas de nature à soutenir les productions, même à travers You Tube, il serait possible. Ce qui fait qu’on ne peut pas avoir des productions de qualité. Elles coûtent excessivement cher. Rien que les frais d’une journée de tournage avoisinent les 500 000 F CFA. Le matériel est parfois loué, y a des figurants qui sont payés sur place. Pour conserver le professionnalisme, il faut débourser.

Est-ce que vous vous en sortez, alors ?

Sincèrement non ! C’est l’amour qu’on a pour “Idoles” qui nous pousse à continuer et nous croyons que c’est un projet à long terme, les gens finiront par se rendre compte que c’est une production de qualité.

Est-ce que ce n’est pas parce que les thèmes que vous abordez n’intéressent pas trop les sponsors ?

Tous les messages que nous véhiculons sont pour l’intérêt de la société. Et pour la petite anecdote, on a eu à perdre un sponsor qui, après avoir vu le premier épisode de la 1re saison, s’est retiré. Il y avait un acteur qui égrenait du chanvre indien; le sponsor a prétexté qu’il ne pouvait pas s’associer à un film avec des scènes de ce genre. Mais il ne sait pas qu’en parler est une manière de le dénoncer. On m’a une fois signalé que “Idoles” était un projet haut de gamme. Je ne pense pas que cela soit le cas. Certes, on parle beaucoup français, mais les gens m’appellent pour me dire qu’ils regardent “Idoles” en famille, c’est une production grand public. Il ne faudrait pas penser que le public ne recherche que des films terre à terre. Nous avons une jeunesse très cultivée, il ne faut pas la négliger. Certains responsables marketing pensent que seuls les produits qui font rire du début à la fin méritent un investissement, alors que “Idoles” est regardée par toutes les couches de la société.

La pluralité des séries ne serait-elle pas un frein pour vous ?

La pluralité des séries ne constitue pas un problème. Il y a beaucoup de séries’ Alors, tant mieux ! Dans la mesure où chaque série a son originalité par rapport aux thèmes, nous espérons être sollicités encore. Les séries qui passent sur les autres chaînes ne sont pas mieux que “Idoles”.

Quels sont les principaux problèmes qui secouent votre milieu ?

Les problèmes que nous avons sont notamment ceux avec les diffuseurs. La télévision pose ses conditions, les paramètres financiers sont établis par les diffuseurs. L’autre problème est lié au manque criard d’acteurs de qualité. On a voulu apporter du sang neuf dans notre production, pour ne pas toujours voir les mêmes têtes. Les bons techniciens coûtent cher aussi. J’invite les Sénégalais à soutenir “Idoles” à travers l’encouragement et le fait de le suivre.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here