Etats-Unis: violents affrontements lors d’un rassemblement de l’extrême-droite

De violentes échauffourées ont éclaté samedi 12 août 2017 entre groupuscules de l’extrême droite américaine et militants antiracistes réunis à Charlottesville, en Virginie, forçant le gouverneur de l’Etat à déclarer l’état d’urgence et la police à décider l’interdiction du rassemblement. Par ailleurs le FBI a ouvert une enquête sur les circonstances dans lesquelles un homme au volant d’un véhicule a foncé dans la foule tuant une femme. Le bilan de cette journée est de 3 morts, deux policiers dans un accident d’hélicoptère et une femme renversée par une voiture bélier, annoncent les autorités municipales.

Alt-right, néo-nazis, membres du Ku Klux Klan, les groupes de la droite radicale et identitaire américaine se sont rassemblés en masse ce samedi 12 août 2017 à Charlottesville, en Virginie. Leur objectif : dénoncer de façon unitaire le projet de déboulonner de ce jardin municipal la statue du général sudiste Lee, chef de l’armée confédérée pendant la guerre de Sécession (1861-1865).

Rassemblée sous la bannière « Unite the right », « unir la droite », l’extrême-droite voulait faire de cette journée le paroxysme de plus d’un an de controverses autour de cette sculpture.

La polémique autour de la statue du général Lee

Charlottesville est au cœur d’une polémique depuis plusieurs mois, héritage de son passé sudiste. Le général Robert Lee, chef de l’armée confédérée (sudiste) était originaire de la région. Une statue lui a été érigée en 1884, soit quelque vingt ans après la fin de la guerre de Sécession (1861-1865). De nombreuses statues de personnalités sudistes ont été depuis déboulonnées dans les villes des Etats du sud, ces personnalités étant liées dans la mémoire collective au passé esclavagiste de ces Etats. Celle du général Lee, qui était pourtant favorable à l’abolition de l’esclavage, a fait l’objet il y a un an et demi d’une pétition lancée par un étudiant afro-américain, initiative soutenue par un adjoint au maire de la ville, seul noir du conseil municipal qui a porté le débat sur l’opportunité de la présence de cette statue sur la place publique. Une précédente manifestation de l’extrême droite raciste en juillet dernier s’était soldée par 23 arrestations.

Les craintes de débordements étaient avivées par la présence d’armes portées ouvertement par les manifestants, ainsi que le permet la loi dans l’Etat de Virginie. Des membres de milices d’extrême droite s’étaient ainsi positionnés en tenue paramilitaire, fusil semi-automatique en bandoulière, non loin de forces de l’ordre très sollicitées.

« Cet événement pourrait offrir une vitrine historique de haine, en rassemblant en un seul lieu un nombre d’extrémistes inédit depuis au moins une décennie », avait averti Oren Segal, directeur du Centre sur l’extrémisme de l’Anti-Defamation League (ADL), une association de lutte contre l’antisémitisme.

Etat d’urgence déclaré par le gouverneur démocrate

En conséquence, les autorités ont décidé peu avant midi, heure locale, d’interdire la manifestation prévue et la police anti-émeutes a procédé à l’évacuation du parc public où elle se tenait. Dans le même temps, l’état d’urgence a été déclaré par le gouverneur démocrate de la Virginie, Terry McAuliffe, ce qui lui a permis de mobiliser d’avantage de policiers. Il avait préalablement invité ses administrés à ne pas se rendre à ce rassemblement. « De nombreuses personnes attendues [samedi] à Charlottesville veulent exprimer des idées considérées par beaucoup de gens, y compris moi-même, comme abjectes. Tant qu’ils le font pacifiquement, c’est leur droit », avait souligné le gouverneur.

Dans un air chargé en gaz lacrymogène, les heurts entre manifestants de la droite radicale et contre-manifestants se sont multipliés avant même le début prévu du rassemblement, avec des rixes, des jets de projectiles et des échanges de coups de bâton. Les premières escarmouches avaient eu lieu dès le vendredi soir précise notre correspondant à New York, Grégoire Pourtier

Une voiture percute la foule

Mais c’est d’une voiture bélier qu’est venu le drame. Les images sont effrayantes: on la voit foncer dans la foule puis reculer, toujours à toute allure, faisant un mort et une vingtaine de blessés chez les militants antiracistes.