DÉFILÉ CULTURES ET CRÉATION 2018 : UN TREMPLIN POUR LES CRÉATEURS DE DEMAIN

Le samedi 10 février s’est tenu le défilé Cultures et Création, un rendez-vous annuel organisé par la ville de Montfermeil.  retour sur un événement qui contribue à changer le regard porté sur la banlieue et révèle la diversité des talents créatifs.

« Next ! », s’écrit la princesse Esther Kamatari, quatre heures avant le coup d’envoi du défilé. Avant le show tant attendu, chaque mannequin doit s’entraîner à marcher sur le podium noir installé au centre du gymnase Colette Besson. Ils sont plus d’une centaine à passer devant les yeux attentifs de l’ancienne mannequin et ambassadrice de la Maison de Parfums et Cosmétiques Guerlain. « Doucement prend ton temps. Tu t’arrêtes ici une seconde pour que tout le monde te regarde et tu marches ! Parfait », s’exclame-t-elle en levant le menton d’une jeune fille.

Cela faisait un mois qu’elle préparait, tous les lundis soirs, ces mannequins d’un jour à marcher avec élégance pour la 13ème édition du Défilé Cultures et Création. Une initiative fédératrice dans laquelle toutes les catégories sociales de la ville se retrouvent autour de la culture et de leur amour pour la création du vêtement. Amateurs, semi-professionnels et professionnels issus de nationalités diverses présentaient leurs tenues dans deux catégories distinctes : tradition et création.

La première était un réel moment de partage et de découverte. Chaque couturier, devant plus de 1 000 spectateurs, a dévoilé un vêtement traditionnel de son pays d’origine. Parmi les 40 nations représentées, 14 venaient d’Afrique. Après ce temps, venait celui de l’émerveillement devant la beauté des créations, inspirée des Fêtes, thème imposé cette année. Saint-Valentin, Saint-Sylvestre, carnaval, 14 juillet… De quoi enflammer la créativité des designers divisés dans les catégories « amateurs », « jeunes talents de – de 26 ans » et « créateurs d’honneur ».

À l’issue du défilé, quatre prix ont été attribués, dont celui du « Jeune Talent », qui offre au vainqueur un stage au sein d’une des maisons du groupe LVMH, parrain de l’évènement, et une participation à l’Ethical Fashion Show de Berlin. Placé sous le signe du partage, de l’originalité mais aussi de l’exigence, le Défilé Cultures et Création veut prouver qu’il y a aussi des talents en banlieue. La preuve avec les longues robes colorées, les t-shirts et les jupes tissées, cachés dans les coulisses avant le show.

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Un défi considérable

Créativité et complicité

« Je travaille avec du tissu africain, le Bazin et parfois du wax » précise Mousba Harb. Cette Montfermeilloise originaire du Sénégal fait partie des habitants « locomotive », toujours présent pour mobiliser les gens. On remarque très rapidement que madame Harb est dans son élément. Entourée de ses nièces, sa sœur et ses filles, elles aussi stylistes, elle participe pour la treizième fois au Défilé Cultures et Création. « J’aime les retrouvailles de toutes les communautés, on est comme une grande famille », affirme-t-elle, en montrant sa sœur qui va représenter le Burkina « même si elle est blanche ».

Mousba connait une grande partie des créateurs et discute avec tout le monde, le sourire aux lèvres. « Ici, c’est ma sœur gabonaise Claudine. » Assise sur un tabouret, la femme venue pour la quatrième année consécutive prépare activement une parure traditionnelle réalisée à base de raphia. « On la porte lors des cérémonies de mariage au Gabon. Ça va être beau. Mais je ne vous montre pas ma tenue pour la partie création ! Je peux seulement vous dire que c’est un mélange des cultures d’Afrique et de d’Europe… On est là pour ça ! », rit-elle en échangeant un regard complice avec Mousba.

Quand le Gabon met l’ambiance au Défilé Cultures et Création de Montfermeil !

Publié par Kris D sur samedi 10 février 2018

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Un défi considérable

Si certains habitués sont contents de se retrouver, d’autres viennent pour la première fois et attendent beaucoup de cet évènement, comme Bella. « Un ami étudiant en art appliqué m’a dit qu’il fallait que je participe, ça peut être un bon début pour ma carrière professionnelle. » Paupières maquillées de paillettes rouges, cheveux crépus coupés court et habillée d’un blouson style perfecto noir, à 41 ans, cette maman brazzavilloise de quatre enfants vient de lancer sa marque de vêtements, Afeny Couture. Bella souhaite sublimer tous les âges, y compris les petits à travers des créations chics.

Pour le défilé, elle a choisi son amie Wiliane, numérotée du nombre 26 sur son pull bleu, pour porter sa tenue « explosive », créée pour la fête du Nouvel An. « Tu lui demandes un maquillage en fonction de la couleur de ton vêtement, il faudrait des paillettes dorées », annonce Bella à son mannequin du jour, prête à passer entre les mains des maquilleuses de la maison Guerlain. Mais il faudra faire la longue file d’attente en haut des gradins, composés d’une trentaine de mannequins bénévoles, avant la mise en beauté.

   

Pour faire passer le temps, les filles, de tous âges et tous horizons, discutent, se prennent en photo ou écoutent les conseils de la princesse, micro en main, toujours sur le podium depuis le début de l’après-midi. « Next ! », continue celle qui ne s’est assise à aucun moment et n’a même pas retiré ses hauts talons. « Ok, avance. Yes, parfait ! », lance-t-elle à une Ivoirienne coiffée de longues braids bordeaux. C’est Marie-Esther, 1 mètre 72, des fossettes et une démarche assurée.

Comme plusieurs jeunes filles présentes, elle rêve de défiler sur les podiums. Ambitieuse et bien coachée par la princesse, elle a mis toutes les chances de son côté : « L’année dernière, j’étais là uniquement en tant que mannequin mais cette année, j’ai décidé de défiler avec une de mes créations pour la montrer au public. C’est une création africaine, avec des touches françaises et un grand chapeau ! ».

Défilés Cultures et Créations

Défilés Cultures et Créations
©Justine Le Dortz

« Des talents exceptionnels »

Le défile Cultures et Création est l’occasion d’être immergé dans l’univers de la mode, de vivre le rush des coulisses et d’approfondir ses connaissances sur le monde du mannequinat à travers les conseils d’Esther Kamatari, déterminée à valoriser chaque modèle – les hommes et surtout les femmes -, afin de leur (re)donner confiance : « Quand on les voit, on dirait des fleurs qui éclosent. Nous vivons dans un monde dans lequel on ne vous dit jamais que c’est bien. On vous dit « c’est pas mal », « ça ira », « vous pouvez faire mieux ». C’est important de leur dire qu’elles sont belles, qu’elles sont capables, qu’elles sont magnifiques ».

Défilés Cultures et Créations

La Princesse Esther Kamatari et deux mannequins amateurs avant le grand défilé.

Passionnée par la transmission, celle qui fut le premier mannequin noir à défiler pour une maison de haute couture en France profite de cet évènement pour révéler aux yeux de tous, le potentiel caché en elles : « Je veux qu’elles prennent leur place dans cette société où on veut les rabaisser en raison de leurs origines sociales ou autre. Ce qui m’a beaucoup touchée, c’est que plusieurs femmes noires ont abandonné les mèches. Elles ne se défrisent plus, elles reviennent à leurs cheveux naturels et ça c’est un signe que les choses sont en train de bouger dans le bon sens. Elles marchent sur le chemin de l’acceptation. Je suis très fière d’elles », déclare l’ancienne mannequin.

Défilés Cultures et CréationsDéfilés Cultures et Créations

Défilés Cultures et Créations
©Justine Le Dortz

Parce que « pousser les gens vers le haut est plus sympa que les traîner vers le bas », la princesse Esther Kamatari s’envolera pour Bamako la semaine prochaine afin d’effectuer le même genre d’exercice avec des Maliennes. « C’est une réelle passion pour moi », dit-elle en regardant cet immense gymnase rempli « de talents exceptionnels ».

Finalement, même si c’est Anne Solène Rives qui est repartie avec le prix 2018 – et succède donc à la Guadeloupéenne Laurie Procès -, toutes les personnes présentes sont gagnantes en participant au défilé Cultures et Création de Montfermeil. Elles rentrent chez elles enrichies avec la certitude que, elles aussi, peuvent réussir dans la mode.