Affaire Bolloré : le Sénégal a t-il échappé à ces « manœuvres corruptrices » de l’industriel français?

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Exerçant dans le secteur portuaire, ferroviaire et autre, le groupe Bolloré est devenu le principal concessionnaire des ports ouest-africains. A la faveur des différentes relations nouées et entretenues avec des dirigeants africains, Vincent Bolloré aurait obtenu la gestion de certains ports ouest-africains par le biais de trafic d’influence. Ainsi, son monopole dans le  secteur portuaire en Guinée et au Togo ont fait l’objet d’enquêtes de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), en France. Ce qui a valu à Bolloré et compagnie d’être  placés en garde à vue par la justice française.

L’homme d’affaire français  qui gère une vingtaine de port en Afrique aurait participé au financement de campagnes électorales en Guinée et au Togo, note franceinfo. Les forts soupçons de trafic d’influence et de corruption qui  pèsent sur le groupe Bolloré en Afrique quant à ses relations  avec certains  pays africains semblent se confirmer avec sa mise en examen.

Une réalité que le président Abdoulaye Wade a su très tôt descellé. Ce qui explique que « l’ancien président  sénégalais se méfiait de Bolloré tandis que son fils Karim n’avait d’yeux que pour les Émirats Arabes Unis. Il semble même que ce soit lui qui ait contacté DP Word », précise ensemble-fdg.org.

Cependant, le Sénégal n’a pas pu échapper aux manœuvres clientélistes du groupe Bolloré. La fin du régime de Wade et l’avènement du président Macky Sall au pouvoir marquent le retour en force du groupe français. «Aujourd’hui, avec le retour de Bolloré au Sénégal, la stratégie du complot porté par Bolloré et Youssou Ndour pour dégager M. Wade fait son chemin. Wade considérait par ailleurs que Bolloré était derrière la licence de télévision portée par Youssou Ndour et son groupe Futur Média. L’intervention de l’ambassadeur de France en mars 2015 au procès de Karim Wade ainsi que son discours sur le retour de Bolloré au port de Dakar alimentent encore plus la théorie de la vengeance contre la famille Wade », écrit ensemble-fdg.org.

La mise en examen par deux juges parisiens, en l’occurrence, Serge Tournaire et Aude Buresi n’ont laissé aucune chance à Vincent Bolloré et ses acolytes, Gilles Alix le directeur général du groupe, et Jean-Philippe Dorent, le responsable du pôle international de  Havas qui ont tous été mis en garde à vue. Les juges suspectent le groupe d’ingérence dans des échéances électorales africaines. Franceinfo note que Bolloré a participé au financement de campagne électorale en Afrique. En d’autres termes, il a participé à élire des chefs d’Etat africains.

Or, un communiqué du groupe Bolloré a «formellement» nié toute implication dans des activités irrégulières en Afrique, écrit afrique.lalibre.be. Cependant, l’enquête ouverte sur les activités dudit groupe est surtout focalisée sur des étroites relations entretenues en Afrique avec des candidats à l’élection présidentielle. Ainsi les enquêteurs ont pu répertorier des soutiens de Bolloré à deux anciens candidats à la présidentielle en Afrique de l’Oust : Alpha Condé en Guinée et Faure Gnassingbé au Togo.

En guinée, les tractations de la multinationale française ont débuté en 2010 alors que le candidat Condé était en campagne dont la communication était dirigée par la société de communication Havas qui comptait parmi les relations de Vincent Bolloré. Ce dernier excellait donc dans l’art de négocier des concessions au port en échange de conseil politique.

De ce fait, « élu président en novembre 2010, M. Condé avait résilié le 8 mars 2011, par décret, la convention de concession du terminal à conteneurs du port de Conakry octroyée en 2008 pour une durée de 25 ans à Getma, une filiale de l’armateur français NCT Necotrans. Le gouvernement guinéen avait confié quelques jours plus tard la gestion du port au groupe Bolloré, déclenchant une bataille judiciaire entre les deux rivaux », rappelle, afrique.lalibre.be. Des perquisitions faites par les magistrats chez Havas et dans les bureaux de Vincent Bolloré ont permis de découvrir des factures de Havas adressées à Bolloré Africa Logistics ou (SDV) pour des prestations de communication en Guinée, rapporte europe1.fr.

La même entreprise de communication Havas s’est également chargée de la communication du président togolais Faure Gnassingbé qui tentait alors de succéder à son père Gnassingbé Eyadema à la tête du pays, en 2005, souligne afrique.lalibre.be. La même source rappelle que « en 2010, année de la réélection de M. Gnassingbé, le groupe Bolloré remportait la concession du terminal à conteneurs du port de Lomé pour une durée de 35 ans».

La logique de conquête du pouvoir et l’amour de son exercice par les dirigeants africains, conduisent ceux-ci à nouer des relations obscures avec des multinationales étrangères. Ce qui dans une certaine mesure conduit ceux-là dans un cercle vicieux dont il devient compliqué de s’extirper. Sur ce, le refus du président Wade « de laisser Bolloré faire la pluie et le beau temps », s’inscrivait dans « le souci de pouvoir utiliser l’argent de l’étranger sans contrôle en se tournant vers les pays arabes (Dubaï…) et asiatiques (Inde…) », a expliqué Walf-groupe.com.

Cette mise en examen de Vincent Bolloré risque peut-être d’être le début d’un grand déballage qui emportera vents et marrées sur son passage… Affaire à suivre.